La face cachée de l'Opus Dei

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Livre de Bruno Devos, paru aux Presses de la Renaissance en 2009.


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Bruno Devos est né en 1977 à Paris. Après avoir suivi des études de mathématiques, physique et chimie, il est devenu chef de projet informatique. Il a été membre de l'Opus Dei pendant une quinzaine d'années. Il a activement participé à l'expansion du mouvement en Pologne, comme trésorier du centre de Varsovie, assistant du Conseil régional et directeur du club des jeunes.


Présentation du livre

Partant des règlements internes réservés aux seuls responsables, d'écrits inédits du fondateur, de nombreux témoignages internationaux et de son propre parcours au sein de l'Opus Dei, Bruno Devos, membre pendant une quinzaine d'années, démontre combien les pratiques de cette organisation sont à l'opposé des idéaux qu'elle proclame.

La spiritualité de l'Oeuvre s'appuie sur "la sanctification de la vie ordinaire", et c'est mû par cet idéal que l'on y entre. Pourtant, de nombreux memebres la quittent en état de choc psychologique, affectif et spirituel. Parmi ceux qui restent, beaucoup présentent des symptômes de dépression et d'épuisement chronique. Pourquoi ?

L'auteur en décèle la source dans un phénomène d'absolutisation : l'organisation radicalise à l'extrême les principes traditionnels du christianisme jusqu'à les pervertir. Seule compte l'efficacité. Les jeunes sont embrigadés, l'exercice du pouvoir est dévoyé, l'annonce de l'Evangile se transforme en prosélytisme... Tout ce qui est étranger à l'Opus Dei est suspect, y compris dans l'Eglise.

Une vision unique et authentique de la vie au sein de l'une des organisations religieuses les plus mystérieuses au monde.

Table des matières

Première partie : Une vie au sein de l'Opus Dei

  1. Une emprise insidieuse
  2. L'aventure polonaise
  3. Au bord du gouffre
  4. Retour à la vie

Deuxième Partie : La doctrine secrète de l'Opus Dei

  1. L'obsession du secret
  2. De la disponibilité à l'isolement
  3. De la docilité au sacrifice de la raison
  4. Du don de soi à la perte de soi
  5. Du travail à l'activisme
  6. Du paternalisme au contrôle
  7. De la piété spontanée à la pratique obligatoire
  8. Les dérives de l'apostolat

Troisième partie : Le fanatisme de l'Opus Dei

  1. De la sainteté de l'Eglise à la sainteté de l'Opus Dei
  2. De la vocation à l'enfermement
  3. Du zèle au fanatisme


Avant-propos

L’Opus Dei, ou Œuvre de Dieu, a été fondée en 1928 à Madrid par un prêtre catholique, Josémaria Escriva de Balaguer. Il souhaitait former une élite de laïcs capables de propager l’idéal chrétien dans les milieux intellectuels. Pour répondre à ce vœu d’excellence, un membre de l’Œuvre de Dieu – de « l’Œuvre », comme on l’appelle plus communément – doit mener une vie exemplaire, alliant réussite professionnelle et vie consacrée.

Pour mener à bien cette mission, le fondateur, tout en invitant ses « enfants » à mener une vie de chrétien ordinaire, leur impose une ascèse digne des ordres monastiques les plus austères, les incitant à de longues heures quotidiennes de prière, de méditation et de mortifications.

Grâce à une stratégie expansionniste très dynamique, l’Opus Dei s’est répandue de façon foudroyante en Espagne et dans le monde entier. À ce jour, elle compte officiellement plus de 88 000 membres, dont 78 % se trouvent en Espagne et en Amérique latine.

On peut regrouper ces membres en cinq catégories :

Les numéraires 
laïcs, ils vivent ensemble dans des centres, exclusivement masculins ou féminins. Les numéraires s’engagent à rester célibataires et donnent l’intégralité de leur salaire à l’Œuvre.
Les numéraires auxiliaires 
femmes laïques, elles vivent dans les centres de l’Opus Dei et se consacrent au service des numéraires. Elles ne sont autorisées à suivre des études qu’en rapport avec leur fonction d’auxiliaire. Elles ne perçoivent pas de salaire et, dans certains pays, n’ont droit ni à un contrat de travail, ni à la sécurité sociale. Elles ne peuvent se déplacer que sous l’escorte d’une numéraire.
Les agrégés 
laïcs des deux sexes, ils ont les mêmes obligations que les numéraires (engagement au célibat et don de la totalité de leur salaire) mais, pour des raisons économiques, sociales ou de santé, n’habitent pas dans les centres.
Les surnuméraires 
hommes et femmes laïcs, ils ont la possibilité de se marier et habitent dans leurs propres logements. Ils soutiennent financièrement l’Œuvre, selon leurs moyens.
Les prêtres de l’Opus Dei 
numéraires ordonnés prêtres pour les besoins de l’Œuvre, ils n’appartiennent pas au clergé diocésain. Ils sont les seuls à pouvoir occuper les charges les plus hautes dans le gouvernement interne.


Le message de l’Opus Dei s’appuie sur « la sanctification de la vie ordinaire ». À l’instar de certains courants spirituels, comme le hassidisme ou le bouddhisme zen, l’Opus Dei propose une recherche constante du divin dans le quotidien. Enfant de Dieu, tout homme est appelé à vivre chaque instant de son existence dans sa confiance et son amour. C’est mu par cet idéal que l’on entre dans l’œuvre. L’Église a approuvé cette spiritualité et les moyens proposés pour la mettre en pratique : elle a même canonisé en 2002 le fondateur de l’Opus Dei, que l’on doit appeler désormais « saint Josémaria ».

Si l’Opus Dei est tolérée, c’est probablement parce que l’apparence qu’elle présente aux responsables de l’Église est radicalement différente de ses pratiques réelles. Ses messages officiels rassurent, les quelques livres qu’elle publie sont soigneusement délestés de tout ce qui pourrait prêter à controverse. Cette communication édulcorée continue à attirer de jeunes laïcs de bonne volonté, désireux de rejoindre une institution dévouée aux âmes et à la société.

Pourtant, nombreux sont ceux qui quittent l’Œuvre en état de choc. Quant à ceux qui restent dans l’organisation, beaucoup présentent des symptômes de dépression, d’épuisement chronique ou des troubles psychosomatiques. Pourquoi une organisation, qui se targue de porter au monde un si beau message évangélique, produit-elle tant de fruits amers ?

Par excès de zèle – et peut-être pour d’autres raisons plus obscures –, l’Opus Dei radicalise les principes fondamentaux du christianisme. Les vertus deviennent des exigences intransigeantes, accompagnées d’une obligation de résultat toujours plus grande. L’évolution spirituelle d’un individu se mesure à l’accomplissement d’une multitude de règles aussi précises que rigoureuses. Une telle pratique engendre une fatigue qui peut aller jusqu’à la perte d’identité.

Le mode de fonctionnement de l’Opus Dei est codifié dans des documents internes qui n’ont pas été communiqués au Vatican. Ces documents, conservés dans des armoires fermées à clef situées dans les centres et au siège de la Prélature, sont enfin livrés à la sagacité du lecteur dans cet ouvrage, à travers de larges extraits fort éloquents.

Épilogue

L’Opus Dei a été fondée par des catholiques aussi fervents que conservateurs. Elle est devenue une organisation totalitaire qui présente toutes les caractéristiques d’une secte. Les citations présentées montrent cependant que l’absolutisme était en germe dès le début. Il s’est accru au fil du temps. Les idéaux proposés ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais l’exigence de totale soumission défigure le message évangélique. Il suffirait d’exercer selon l’exemple de Jésus lui-même la compassion, l’indulgence ou la bienveillance pour assainir cette situation. Malheureusement, le fondateur leur préférait la « sainte intransigeance » et la « sainte oppression ».

Ce danger ne touche pas seulement l’Opus Dei, il concerne de nombreux mouvements ecclésiastiques adeptes d’une spiritualité autoritaire qui nie la liberté et l’autonomie de la personne, le plus souvent au nom d’une obéissance dévoyée, aliénante et manipulatrice.

Anselm Grün définit ce concept dans son livre Une autre approche de la spiritualité :

Une spiritualité autoritariste s’enracine dans les idéaux auxquels nous aspirons et les buts à atteindre par la prière et l’ascèse. Ces idéaux naissent à force d’étudier les Saintes Écritures, l’enseignement moral de l’Église et de nous projeter nous-même dans notre imagination. Voici les principales questions que pose une spiritualité autoritariste : à quoi doit ressembler un chrétien ? Que doit faire un chrétien ? Comment doit-il se comporter ? Une spiritualité autoritariste naît donc de l’aspiration à devenir toujours meilleur, à monter toujours plus haut, à s’approcher toujours plus près de Dieu. Cette spiritualité s’est essentiellement incarnée à travers la théologie morale de ces trois derniers siècles ainsi qu’à travers une ascèse transmise depuis la Renaissance. La psychologie contemporaine reste assez sceptique face à ce type de spiritualité qui peut conduire l’individu à sa propre déchéance. Quand on s’identifie à de tels idéaux, il arrive fréquemment que l’on étouffe en soi tout ce qui ne leur correspond pas. Ce qui provoque chez l’être humain sa propre déchéance et sa maladie. Cependant la psychologie n’a rien à reprocher à la spiritualité non autoritariste des premiers moines : car il est certain que l’on ne peut trouver sa vérité intérieure que par la connaissance de soi.

Le concile Vatican II avait amorcé une réflexion sur le bien-fondé de nombreuses pratiques acceptées jusque-là et encouragé l’adaptation et la rénovation de la vie religieuse (voir le décret Perfectae caritatis du 28 octobre 1965). Quarante ans plus tard, des institutions continuent à vivre une spiritualité qui met toujours autant l’accent sur l’effort personnel et l’obéissance aveugle aux directeurs. L’exemple de l’Opus Dei montre la dangerosité de ces pratiques qui ne doivent pas être tolérées. Une vie de prière, de sanctification du travail, la direction spirituelle, la fraternité, un certain apostolat, la référence à la morale, poussés à l’extrême, deviennent toxiques.

Sans intervention extérieure, cette organisation continuera à mettre des personnes en danger, sous couvert d’une mission d’Église.

Nous osons espérer que la publication de ce livre encouragera les autorités compétentes à intervenir.


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